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Interview exclusive avec Tom et Serge : "Ces quatre années ont été dingues, c’est sûrement pour ça qu’on a fait un album dingue."

A l'occasion de la promo parisienne de West Ryder Pauper Lunatic Asylum, nous avons rencontré Tom Meighan et Serge Pizzorno à leur hôtel. Un air de jazz doux en arrière-plan, ambiance détendue et feutrée.
Kasabian's Paradise - Comme tout groupe de rock traditionnel, vous avez un rôle précis sur scène. Mais comment travaillez vous en studio ?
Tom - Comme des bêtes…
Serge - Ouais, très dur… on n’arrête pas d’enregistrer.
Est-ce que chacun a un rôle, comme sur scène ?
Tom - En fait, on n’est pas paresseux en studio, on ne déconne pas, on fait vraiment notre boulot. On est très critiques envers nous-mêmes, et je suis très professionnel, désolé Serge. Je peux lui demander si le chant est bon au moins cinquante fois. Je veux être sûr que ça lui va. Nous voulons être les meilleurs possible.
Serge - On travaille comme des partenaires. Vous voyez, pourtant Tom sort, reste éloigné du projet comme s'il était allé à la guerre mais revient enrichi.
Kasabian’s Paradise - Il semble y avoir une vraie alchimie entre vous sur scène, y compris avec Jay (Mehler, guitariste), qui travaille avec vous depuis 2006. mais son rôle au sein du groupe n’est pas vraiment défini… est-il un membre de Kasabian ou pas ?
Serge - Non, il est seulement musicien additionnel. Il a joué sur deux morceaux de West Ryder.
Alors il joue juste avec vous en tournée et part de son côté…
Serge - Voilà, il fait ses propres trucs… Le Révérend. * (rire).
Kasabian’s Paradise - Vous avez passé quatre ans sur les routes, en quoi cette expérience vous a-t-elle inspirés pour cet album ?
Serge - Je ne me rappelle pas de quelque chose en particulier… il y a toujours des changements dans ta vie, sans que tu t’en rendes vraiment compte, donc ça a dû m’influencer d’une certaine façon, mais je ne peux pas dire exactement en quoi ça l’a fait. Je pense qu’il y a toujours une partie de moi qui garde à l’esprit ces chansons qu’on a jouées en concert. Peut être que ça a compté aussi. Ces quatre années ont été dingues, c’est sûrement pour ça qu’on a fait un album dingue.
Tom – Il y a… il a tout dit. (rit)
Tom, est-ce que tu écris aussi ou donnes des idées ?
Tom - Je le fais oui. J’ai des chansons mais elles ne seront utiles que lorsque j’aurai à peu près quarante ans, pour un album de chansons d’amour, donc elles ne sont pas très pertinentes pour l’instant… (rire)
Serge - (rire) ...album de chansons d’amour…
Kasabian’s Paradise - Il s’est passé trois ans entre la sortie d’Empire, votre précédent album, et West Ryder. Vous l’avez d’abord produit vous-même, puis avez demandé au producteur Dan « The Automator » Nakamura, de travailler dessus. Quelles sont les différences entre la première version de l’album et celle qui va sortir ?
Serge - Rien d’important musicalement. Je pense que Dan est plus direct, il va plus vite à l’essentiel. Je pense que c’est la principale différence. Il a en quelque sorte déblayé l’album…
Tom - Il est plus énergique, le chant est plus percutant, il n'y a pas de blancs inutiles.
Serge - Il est vraiment provocateur et sûr de lui, il va droit au but, il est vraiment franc. C’était super de travailler avec lui, d’aller à San Francisco, dans son studio. On a enregistré d’abord à Leicester et ensuite un peu à San Francisco. Là où il a vraiment aidé, c’est avec la voix de Tom. Son interprétation est remarquable. Je pense que son calme et sa façon de travailler ont beaucoup aidé. Il est très doué.
Tom - Il ne m’a pas vraiment poussé à bout… Je pense qu’on a vraiment travaillé de manière calme et posée. C’est sûrement ce dont j’aurai besoin à l’avenir.
Serge - Je pense que sa manière d’être en général, surtout son calme, il garde son sang-froid tout le long, il n’a pas de hauts et de bas, il reste toujours stable, je pense que ca aide. Parfois quelqu’un dira "oh, c’est fantastique !", mais lui ne le dit jamais. Alors on se demande pourquoi il ne trouve pas cela fantastique parce qu’il ne dit jamais rien. Et ca aide en quelque sorte…
Tom - Oui, il m'a aidé à conserver le cap, mais avec tact.
Kasabian’s Paradise - A propos du nouvel album, une des compositions les plus originales est certainement Ladies and Gentlemen. La musique ressemble à celle d’une ballade romantique, mais les paroles semblent avoir un sens caché. Est-ce le cas et, si oui, lequel est-ce ?
Serge - En fait, ça parle du dernier homme qui reste au bar et qui réfléchit sur la vie, sans rien faire. Il a peut être trop bu et bien profité, il devrait partir. C’est un peu un…
Tom - ...une sorte de tirade non ?
Serge - Oui, en fait c’est un peu l’idée "ne prend pas la vie trop avec trop de sérieux et, même si la nuit dernière était un cauchemar, c’était quand même super". Ca parle de ça.
Kasabian’s Paradise - En général, vous citez des groupes des années 60 et 70 comme influences sur cet album. Mais sur Happiness, on peut aussi entendre des chœurs gospel. Est-ce que le gospel est une influence majeure pour vous ?
Serge - Oui, (regarde Tom) surtout pour toi !
Tom - Surtout pour moi oui, parce que j’ai grandi en écoutant de la musique noire américaine et tout… mais cette chanson, Happiness, pour moi, ressemble à du Lou Reed dans la manière dont Serge la chante, à la fois sérieux, sombre et beau à la foi, comme A Perfect Day… ça n’est pas trop confidentiel, plutôt accessible…
Serge - C’est un peu une chanson d’église, je la vois bien jouée dans une église.
Tom - Oui, c’est notre Perfect Day, c’est la même envergure.
Serge - Je comprends, c’est juste la beauté de voix mêlées aux instruments, c’est rempli d’émotions et ça te transporte.
J'ai lu que tu l’avais écrite très jeune, vers 20 ans ?
Serge - Oui, très jeune, quelque chose comme 20 ans, et ça me rappelle que ça fait déjà huit ans. Et c’était très différent à l'époque. Une illumination comme une part de moi, une nuit d'ivresse j'ai juste pris ma guitare et c'est venu de nulle part. J'ai pensé "c'est plutôt bon en fait", j'en ai fait plusieurs versions qui n'étaient pas bonnes, puis nous avons trouvé cette sorte de gospel…
Tom - comme évident…
Serge - Oui, comme une prière… enfin, non, pas une prière mais plutôt s'imaginer la chanson jouée dans une église du Mississipi ou ailleurs… à Tulsa, au Sud de la Géorgie…
Tom - C'est comme un gros câlin, comme quelqu'un qui te fait un câlin, qui te porte (Serge approuve). Comme une mère et son enfant (Serge rit un peu), consciencieuse, une mère et son bébé, c'est très chaleureux, poignant.
Kasabian’s Paradise - Le single Fire sortira le 1er juin et sera accompagné d’une face b encore inconnue. Pouvez-vous nous en dire plus là-dessus ?
Serge - Il y aura une face b appelée Road Kill Café. Il y aura aussi une version de Runaway, une vieille chanson de Del Shannon, une magnifique chanson, enregistrée à l’Union Chapel. C’est assez différent de ce qu’on fait, mais il y a une vraie fraîcheur dans cette version. Road Kill Café, que nous venons juste d’enregistrer, ressemble à du Cream, elle aurait pu figurer sur le White album (ndlr : des Beatles, si besoin est de le préciser ;)).
Tom - Ouais, ca fait très Cream, et Serge est vraiment sexy dessus. Elle aurait pu figurer sur l’album en fait, elle se glisse bien au milieu des autres chansons (Serge approuve).
Kasabian’s Paradise - Vos faces b sont inventives et originales. Comment travaillez-vous dessus ? Essayez-vous de faire quelque chose de différent ?
Serge - Oui, toujours. Ce truc c’est vraiment l’opportunité d’expérimenter, d’essayer différentes choses, et je pense qu’on n'en fait jamais assez sur les faces b. Je pense que c’est l’opportunité d’être encore plus fou, démentiel, c’est là que tu l’occasion de donner dans la démence. Tu as l’album et puis ça, des bouts de connerie folle.
* The Reverend est visiblement un surnom donné à Jay, une private joke. Dans une interview accordée à l'édition japonaise du Times, Serge expliquait : "Jay is a top man, he's the American reverend, he's insane. He's a certified reverend, a religious man. It's nice having a portable reverend on tour 'cause he can take confession and bless you."
Cliquez ==> Tom Meighan et Serge Pizzorno en interview exclusive pour Kasabian's Paradise (deuxième partie)
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